SKAM, la série des ados qui parlent de leur vie

Relativement méconnue des adultes, car uniquement visible en ligne sur Youtube, cette série a commencé en 2018 et connaît un succès important, notamment en France, en Belgique et en Suisse romande. Dans cet article, nous vous présentons les raisons de ce succès et une réflexion sur l’utilité d’en parler en classe. Ce nom assez étrange pour une série (SKAM) provient du norvégien et signifie « honte » en français (1). Cette série suit le quotidien d’ados avec les problématiques qui peuvent survenir sur leur chemin.

(1) de Skam, on connaît aujourd'hui le mot « Flygskam » qui parle de ces personnes qui, par conscience écologique, ont honte de prendre l’avion et privilégient le train.

Les raisons du succès 

Chaque saison se concentre sur un personnage central et un thème particulier. Parti de la Norvège, la trame est identique pour toutes les adaptations tournées dans d’autres pays, tels que la Hollande, l’Espagne, les Etats-Unis ou l’Allemagne. En revanche, c’est bien la version franco-belge qui a connu le plus de succès avec des saisons inédites qui n’existent pas dans les autres pays. Cet engouement tient à plusieurs facteurs, dont certains sont vraiment très innovants et immersifs :

Le support médiatique.

Disponible sur YouTube et le site de France Télévisions, la série est visible depuis un téléphone portable. Le compte Instagram de la série propose également des extraits. On peut donc parler d'une série "cross-media".

Fiction en temps réel.

Chaque titre de séquence publiée est un jour et une heure. Et cette dernière est diffusée à l’instant précis indiqué par son titre. Par exemple, une séquence intitulée « mercredi 20 :52 » sera publiée le mercredi à 20h52. Sa présence sur YouTube permet de faire que le public reçoit une notification sur son téléphone portable au moment de la mise en ligne. Cela permet d’immerger le spectateur dans la vie des personnages à l’instant T. Certains contenus sont donc publiés pendant les heures de cours (si quelque chose se passe en classe) et d’autres en fin de soirée ou dans la nuit, le week-end. Cela rend véritablement les fans captifs qui veulent savoir ce qui se passera au prochain épisode une heure plus tard, le lendemain ou après quelques jours.
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Le prolongement dans le réel.

Les téléspectateurs peuvent aussi suivre les personnages à travers leurs comptes Instagram (photos, stories…), qui complètent le récit. S’il se passe quelque chose d’important dans un épisode, des publications sur les réseaux sociaux apparaissent sur ce sujet. Et les personnages peuvent interagir avec celles et ceux qui leur écrivent. Les comptes Facebook, Instagram et Twitter de la série livrent aussi des contenus exclusifs en fonction des réactions du public. On trouve notamment des captures d’écran des discussions des personnages entre eux, discussions qui ont eu lieu dans les épisodes diffusés.

Les thématiques.

Nous en parlerons ci-dessous, mais il est évident que le traitement des thématiques vécues par les adolescents de manière immersive dans la série plaît et peut permettre de discuter de ces thèmes en classe. Les choses sont montrées sans tabou et il existe de nombreux sites de fans qui reprennent les épisodes et parlent de la thématique.
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Une communauté autour de la série.

Le public se regroupe donc sur les différents médias de diffusion de la série et commentent, se confient et s’entraident les uns les autres. De nombreux articles expliquent que la série a permis de servir de tremplin à la discussion et au partage d’expérience.

La durée.

Les séquences publiées ont des durées variables : ce qui compte c’est ce qui s’y passe. La production se coupe donc du côté formaté d’une série. Chaque séquence dure 1 à 15 minutes. La mise en commun de 10 séquences mises bout-à-bout crée un épisode qu’il est possible de regarder également en ligne tous les vendredis soirs.

Si ce n’est pas nouveau comme genre de série, SKAM a l’avantage d’être actuel et de se fondre dans la réalité des jeunes d’aujourd’hui, sans être trop violente ni rude. Avant elle, des séries comme Skins, Hartley, coeurs à vif ou Degrassi ont aussi fédéré des ados autour de thématiques. Mais c’est bien cette présence transmédia et l’impression que l’action se passe sous nos yeux qui rend la série encore plus ttrayante et immersive.

Les thématiques abordées

A chaque saison, une thématique est décortiquée et portée par un personnage central. Il est secondé par les autres qui viennent interagir.

La première saison de la version franco-belge est centrée sur Emma et l'acceptation de soi, de son identité.

La deuxième concerne sur Manon et le cyberharcèlement.

La troisième se centre sur la relation entre Lucas et Elliott, l’homosexualité, le coming out tout comme la bipolarité. A signaler que cette saison a vraiment fait parler d’elle car certaines scènes d’intimité ont été jugées très crédibles et prenantes par leur tendresse, jouées par deux acteurs hétérosexuels. C’est cette saison qui , au vu de son succès, a permis à la production franco-belge de commencer à créer des contenus originaux, indépendant du modèle norvégien.

La quatrième saison parle d’Imane et la foi en une religion notamment.

La cinquième saison est centrée sur Arthur et sur l'impuissance face à la toxicité des adultes et au handicap invisible (surdité en l’occurrence).

La sixième saison parle du personnage de Lola sur les problèmes d'addiction et d'autodestruction. 

La septième saison est centrée sur le personnage de Tiffany et du déni de grossesse.

La huitième saison s’intéresse d’abord à Bilal et à la précarité. Dans un second temps, elle est centrée sur Jo et la séropositivité au VIH.

La saison 9 est en cours de publication à l’heure de rédaction de cet article. Elle parle de Maya et du chagrin d'amour provoqué par une rupture.

 

Lien avec le PER 

Pour l’heure, il n’existe que peu de fiches pédagogiques qui utilisent la série. Quelques écoles en France recommandent officiellement cette série en tant qu’activité extra-scolaire utile en période de confinement. 

Comme elle est accessible gratuitement sur Youtube, elle peut donc être facilement utilisée pour parler d’un des thèmes précités en classe ou hors classe. 

LE PER et le PER numérique peuvent être mis en lien avec la série, par exemple :

Saison 1 : identité personnelle et  
Saison 3 :  homosexualité et coming out

FG 18 — Se situer à la fois comme individu et comme membre de différents groupes…

Saison 2 : cyberharcèlement

EN 23 – Utiliser des outils numériques pour réaliser des projets… 
Usages et société pour les 5H – 8H : « Sensibilisation aux phénomènes d’amplification du harcèlement par le numérique et mise en évidence des comportements adéquats pour y réagir en tant que témoin (“spect’acteur”), cible ou auteur »

Saison 5 : surdité et langue des signes

L 27 — Enrichir sa compréhension et sa pratique langagière par l'établissement de liens avec des langues différentes… 5H – 8H : « Distinction entre langages (gestuelle, mimiques, pictogrammes,…) et langues (chinois, français, arabe, latin,…)* »

De nombreux objectifs de la FG - Santé et bien-être, FG – Choix et projets personnels, FG – Vivre ensemble et exercice de la démocratie, FG - Interdépendances, FG - MITIC se retrouvent tout au long des saisons.