Les Fake News sont partout, comment s'en prémunir?

Apprendre à démêler le vrai du faux dans le monde médiatique fait partie des compétences que doivent acquérir les lecteurs quel que soit leur âge. Les Fake News qui étaient marginales il y a quelques années encore se sont aujourd'hui répandues à tel point qu'il est devenu logique de "douter" de la véracité d'une information même officielle. Et ceci touche autant l'écrit avec des sites qui se veulent ouvertement satiriques et qui créent de la fake news, mais aussi - et c'est hélas une réalité discrète - des sites et des auteurs de fake news qui cherchent, de manière stratégique à influencer des opinions, des mécanismes décisionnels et des processus électoraux.

Tour d'horizon des moyens de créer et de se protéger des Fake News.

D'abord qu'est-ce qu'une fake news?

Les définitions sont larges et variées et il est essentiel de définir ce terme. On peut retenir qu'il s'agit d'une information mensongère ou délibérément biaisée, servant par exemple à défavoriser un parti politique, à entacher la réputation d’une personnalité ou d’une entreprise ou à contrer une vérité scientifique. On en trouve six types : la parodie, la satire, la fabrication, la manipulation d’image, l’opération de relations publiques et la propagande. Le public joue un rôle déterminant dans la dissémination des fake news, c'est en effet lui qui lit et partage massivement. Et cela ne se limite pas à de la création ou de la falsification de texte. La technologie actuelle permet de détourner ou de créer des photos, des vidéos ou du son. 

 

Contenu écrit :

Détournements possibles 

Nombreux sont les auteurs de Fake News écrites qui diffusent leur contenu sur Internet par le biais des réseaux sociaux. On a pu le constater, la capacité de transmission de l'information par le biais des réseaux sociaux permet de toucher en quelques minutes des millions de personnes pouvant contribuer à façonner l'opinion des masses, comme cela a pu être le cas lors des élections brésiliennes de 2018 par le biais notamment de Facebook ou Whatsapp. Des législations et des actions judiciaires ont depuis été mises en place pour éviter que l'opinion individuelle soit influencée. Ce qui n'empêche pas forcément le problème, comme on l'a vu en Inde lors des élections en 2019

Dans cette conjoncture spécifique, la justice retrace les auteurs originels de fausses informations de propagande et peuvent agir en utilisant les lois pénales et civiles, notamment sur la diffamation, la calomnie, l'insulte, ... 

Mais, un autre problème se pose dans la création de contenus écrits. C'est l'expansion impressionnante des systèmes autonomes qui créent du contenu, sans l'aide de l'humain. Ca vous paraît excessif? Pourtant, de nombreux chercheurs mettent en place des programmes d'intelligence artificielle qui apprennent en se nourrissant de ce que nous mettons sur Internet, de ce que les journalistes rédigent et des réactions et actions obtenues après la publication,... Un test effayant a eu lieu en février 2019 dans une stratup nommée OpenAI. Les chercheurs ont réussi à créer un robot générateur de citations de politiciens, de fake news et de théories complotistes si performant, qu'il a été décidé de ne jamais le rendre public. Et ceci n'est pas marginal, il s'agit d'un projet au milieu de nombreuses autres à l'échelle planétaire.

 

Conseils

Que faire alors pour se prémunir de ces contenus ? Un seul mot : CRITIQUE.
La critique, c'est le fait de simplement passer au filtre des 4 questions l'article ou le contenu écrit :

  • Y a-t-il un auteur? Et est-il connu comme auteur d'autres articles ?
  • Cite-t-on des sources ? Sont-elles fiables (institutions, organes officiels, ...) ?
  • L'article se trouve-t-il uniquement sur un site web ou se retrouve-t-il ailleurs, notamment sur des médias officiels ?
  • Ce qui est dit pourrait-il influencer un avis, critiquer une personne ou un groupe de personnes ou propage-t-il des messages de haine, de violence ou de discrimination ?

Un article signé, citant des sources, diffusé par les médias est parfaitement fiable! 

 

Contenu image et vidéo :

Détournements possibles

Concernant les photos de magazine, les retouches sont très courantes, pour ne pas dire systématiques. De là à parler de fakenews... Il est répandu de corriger les couleurs, la luminosité, les contrastes ou les teintes pour sublimer une photo. C'est le cas par exemple lorsqu'on parle de magazine de mode qui montre souvent une réalité biaisée avec des hommes toujours très musclés et des femmes plutôt belles et minces. Ce qui peut amener à une perception de la réalité différente.

La retouche peut également passer par la suppression ou l'ajout d'éléments allant jusqu'à changer la signification, le sens ou le contenu de la dite image.

Sur la base d'une image fausse, on peut également créer des articles faux, voire créer de véritables légendes urbaines, tels Einstein en train de faire du vélo lors d'un essai nucléaire ou du couple présidentiel Macron il y a plusieurs années en compagnie de l'ex-mari de la première dame.

La même photo ou vidéo peut également être réutilisée dans plusieurs contextes, rendant sa signification bien différente.

A ces modifications ou ces mises hors contexte s'ajoute le problème inquiétant de la Deep Fake. Peu après l'élection de Trump aux USA en 2016, une vidéo montrant Obama faisant une déclaration parlant du nouveau président avec des propos foncièrement injurieux avait circulé. Assez rapidement, il avait été expliqué que l'image et le son étaient truqués avec explication du procédé technique à la clé. Cette nouvelle façon de créer du contenu audiovisuel se nomme "DeepFake". Il s'agit de recréer une video à l'aide d'un ordinateur qui va s'insprier de videos réelles dans le but de reconstituer une image aussi proche que possible de la réalité (mouvement du visages, expressions et gestes) Cette vidéo d'Obama n'était qu'un début. Depuis, la technique a vraiment évolué et de nombreuses dérivations ont été mises en place, allant du détournement humoristique de films cultes avec le visage de Nicolas Cage ou de fausses vidéos pornographiques mettant en scène des comédiennes célèbres.

 

Conseils

Ce tour d'horizon des quelques moyens d'utiliser la technologie sur des images et des vidéos montre que là encore, il est nécessaire pour ne pas dire essentiel de douter.

  • Des effets spéciaux encore peu crédibles. Même si la technologie est évoluée à un stade avancé, on peut observer que les effets spéciaux sur des vidéos restent crédibles jusqu'à un certain point. En regardant des vidéos qui regroupent les deep fakes par exemple, on remarque que les images retravaillées montrent des visages flous ou peu mobiles. Les retouches de photos restent quant à elles difficiles à vérifier.
  • La photo a-t-elle été utilisée ailleurs? Des outils, même Google permettent de retracer la présence d'une image sur Internet. Il suffit de se rendre sur le moteur de recherche d'image de Google et de cliquer sur le petit appareil photo dans la barre de recherche. Vous pourrez alors télécharger la photo ou ajouter l'adresse de la photo pour voir si elle se situe ailleurs sur Internet, peut-être dans un autre contexte, sous un autre article, à une autre date etc... Le système est assez fiable. Les anti-Google pourront se rabattre sur tineye.com
  • De nombreux sites permettent de contrôler si la photo a été grossièrement modifiée au moyen de contrôler les métadonnées (c'est à dire les éléments constitutifs du fichier informatique de base) ou de passer sous différents filtres la photo pour trouver les incohérences de tons, de netteté ou de contraste.
  • Et petit à petit, des plateformes de vérifications de véracité de vidéos voient le jour. C'est le cas de InVID par exemple.

 

Contenu vocal :

Détournements possibles

Le détournement le plus courant est le montage. En effet, il est très simple de prendre les propos d'une personne et de découper, réorganiser et mixer des éléments ensemble afin de faire dire tout et son contraire. Le procédé est simple et effiace, mais légalement, il est punissable, si l'on prouve qu'il y avait bien intention de nuire en faisant ce montage.

Le reprise hors contexte est également une possibilité de manipulation de propos. 

Enfin, l'intelligence artificielle permet aujourd'hui de reproduire une voix humaine avec une crédibilité impressionnante. Pour y parvenir, il suffit de fournir quelques extraits et de laisser le programme traiter et développer des phrases, intonations et réactions.

 

Conseils

Dans cette dernière situation, il est évidemment très difficile de reconnaîre le vrai du faux. Et éthiquement, les entreprises et start-ups qui développent ces produits sont pour le moment discrets quand à leur commercialisation. S'ils permettront dans le futur de révolutionner par exemple le monde de la radio ou de la présentation de contenus, les dérives restent possibles et légiférer peut être un des seuls moyens de précaution (obliger par exemple à signaler qu'il s'agit d'une voix de synthèse). Ces voix de synthèse sont courantes sur des chaînes Youtube grand public qui regroupent des événements du même type. Ces vidéos produites à la chaîne et traduites directement par Google sont ensuite déclinées dans plusieurs langues en utilisant des voix de synthèse. Le cas de la chaîne WatchModjo est un bon exemple. Mais, à l'échelle individuelle, on doit donc se demander :

  • Qui est l'auteur de ces propos ?
  • Est-ce que ces propos sont dans leur contexte originel (date, lieu, sujet) ? Une recherche des mots-clés dans Google peuvent aider.
  • Le lieu de publication (article ou site web) de ces propos souhaite-t-il nuire, influencer, moquer ou décrédibiliser quelqu'un? 

 

Concrètement que faire?

La première des choses est de ne pas sombrer dans la paranoïa. A l'heure actuelle, les médias suisses sont totalement sûrs et on peut légitimement s'y fier. En provenance d'autres sites, et lorsqu'un doute se pose, on peut utiliser les différents outils présentés dans cet article.

Avec le temps et l'expérience, il est possible d'acquérir une habitude de méfiance face à certains sites (qui sont pr exemple sursponsorisés ou qui utilisent des titres chocs avec des articles signalés comme provenant d'autres sites).

 

La seconde réaction est de se fier aux outils existants. Après avoir fait sa recherche personnelle, des plateformes de contrôle d'informations existent et sont capables de faire le tri sur ce qui est tendancieux ou non :

Pour ce qui est des rumeurs, des chaînes d'emails ou virus, le site www.hoaxbuster.com est tout à fait effiace.
Pour définir si un article ou une page est fiable en terme de crédibilité de l'information, TrustedNews comme extension sur un navigateur Chrome simplifie la vérification.
Pour voir si un site de news est fiable et publie une majorité de contenu réaliste, le journal "Le Monde" permet de contôler son contenu avec l'outil "Decodex".
A signaler enfin que pour des brèves ou des articles courts et importants, l'agence de presse AFP propose son fact-checking rapide : une liste de brèves dont l'agence explique si elles sont vraies ou fausses.

 

La troisième est une solution concrète destinée directement aux écoles. Dès la rentrée 2019, l'Association de la Presse Valaisanne (APV) proposera des ateliers de prévention auprès des 10H. Ils décortiqueront d'abord les différents concepts en lien avec le traitement de l'information. De la source en passant par l'auteur et les différents types de médias, c'est le processus de création d'un contenu journalsitique qui sera abordé. Puis, des journalistes travaillant au sein de médias valaisans travailleront explicitement cette notion de Fake News, donnant les bons réflexes de vérification d'une information écrite.

De nombreuses publications existent déjà par ailleurs sur le sujet. La BD gratuite et téléchargeable "Fred se méfie des fausses infos" est disponible en 7 langues.

 

Une phénomène contrôlable ?

Mais alors, avec tous ces moyens de prévention et de protection, pourquoi y a-t-il encore des fake news? D'une part, elles ne sont pas systématiquement signalées et supprimées. D'autre part, chaque minute, il en est publiée de nouvelles, selon l'actualité. Plus que jamais, à notre époque, le doute est devenu obligatoire sur Internet. 

Enfin, en matière de transmission d'informations sur Internet, il est essentiel de se rappeler que chaque utilisateur joue un rôle essentiel. En effet, chaque intnaute contribue à la diffusion de ces informations. Réfléchir 3 secondes avant de partager un lien, une image, une photo, une vidéo, c'est le temps nécessaire pour devenir critique et se demander quel effet la diffusion en masse d'une telle information pourrait avoir. Ensuite, c'est aussi le temps nécessaire pour se demander de manière volontaire : "Est-ce que ce que je vois ou lis est vrai ?" La moindre once de doute doit amener à une démarche d'investigation. Et le petit plus, c'est que trouver que la même photo a été publiée ailleurs, dans un autre contexte ou qu'une information est en fait datée d'il y a plusieurs années ou qu'elle est totalement fausse, tout cela procure un plaisir certain ! 

 

Vous voulez vous amuser?

Voici une photo rafraîchissante à télécharger (clique-droite et "enregistrer sous"):

 65264106 10217510155158457 8752190034012012544 n 

Amusez-vous à aller sur Google Images et à trouver sa provenance. L'exercice est d'autant plus intéressant qu'il montre que l'image a été publiée sur de nombreux sites et réseaux sociaux, allant de la page personnelle Facebook à des sites de syndicats français, un site suédois, un autre qui explique que faire quand il fait chaud à Malte. On trouve des publications sur des sites polonais, hongrois, lituaniens, hollandais et même vietnamien et russes! La démarche est assez drôle, mais montre également à quel point il est difficile, pour ne pas dire impossible de contrôler la diffusion d'une image sur Internet, surtout si elle est étonnante, drôle ou intrigante. Et on comprend aisément comme il est simple de la sortir de son contexte.

Alors, face à un texte, une image, une vidéo ou un son sur Internet qui nous interpelle, le meilleur moyen de réflexion, c'est la vérification critique !


Imprimer   E-mail