Internet, jeunes et pornographie, comment y faire face à l’école ?

Un article de la RTS du 12 août 2020 relate l'augmentation du nombre d'échanges entre adolescents de photos et vidéos représentant des actes de pornographie dure. A cela vient s’ajouter un article de l’AFP du 3 septembre, qui retrace le parcours de 2 journalistes qui ont eu accès au contenu des échanges entre les smartphones d’adolescents.

Le constat est sans appel : nombre de contenus sont non seulement interdits par la loi, mais ils provoquent une banalisation de la violence tant physique que morale.

Bien que ces échanges se fassent entre personnes de manière privée, des contenus peuvent néanmoins être poursuivis d’office. C’est le cas par exemple de certains contenus de pornographie, que l’on appelle la pornographie dure. Mais, de quoi parle-t-on ? Quel est le risque pour un adolescent de posséder, de regarder ou de partager ces images ? Vers qui se tourner pour aborder ce sujet ? 

Une définition juridique de la pornographie 

La définition de la pornographie varie d’une institution à l’autre. Il est donc nécessaire de s’accorder sur une définition communément acceptée, par exemple la définition juridique. 

Selon un Arrêté du tribunal fédéral de 2005 :  

« La notion de pornographie suppose d’une part que les représentations ou les spectacles sont objectivement conçus pour provoquer chez le consommateur une excitation sexuelle. D’autre part, il est nécessaire que la sexualité soit extraite de son contexte humain et émotionnel au point que la personne concernée apparaisse comme un simple objet sexuel dont on peut disposer à volonté. Le comportement sexuel en devient grossier et mis en avant avec insistance. » 

On comprend donc qu’il s’agit véritablement là de représentations que ce soit des images, des vidéos, des dessins, des dessins animés, des sons, … 

On conçoit également que la définition dissocie la notion d’acte physique avec la notion de sentiment.  

On peut aussi définir la pornographie par une mise en scène et des comportements grossiers et mis en avant avec insistance. Cela permet de se rappeler une notion souvent oubliée de ces vidéos : elles sont scénarisées, tournées dans des conditions artificielles, en utilisant de nombreux trucages ou effets spéciaux, même si ces représentations peuvent paraître « amateures ». 

En ce sens, on découvre déjà un levier de discussion et de vulgarisation du phénomène. Nous y reviendrons dans les conseils en fin d’article. 

 

La notion de pornographie dure ou interdite 

La pornographie regroupe toutes les pratiques qui sont censées apporter de l’excitation sexuelle. Et en ce sens, on peut comprendre que la diversité des excitations implique une diversité de représentations. Certaines sont interdites par la loi. C’est ce que l’on appelle la pornographie dure. 

La loi désigne trois formes de pornographie dure qui, d’une manière générale, sont punissables : les représentations pornographiques avec des enfants, des animaux et des actes de violence. Ces représentations sont graves. En posséder, en transmettre et en montrer constitue un délit qui est poursuivi d’office. Cela signifie qu’une victime n’a pas besoin de porter plainte pour que la justice soit actionnée. Tout cela se retrouve détaillé dans le Code Pénal à l’article 197, Pornographie

D’une part, il définit à partir de quel âge et dans quelles conditions la pornographie peut être rendue accessible à des personnes. D’autre part, il contient des dispositions qui interdisent certaines formes de pornographie. 

Cette loi punit expressément les personnes qui mettent à disposition des autres du contenu pornographique. Elle protège donc la jeunesse et veille à ce que les jeunes ne soient pas dérangés dans leur développement sexuel. On voit néanmoins qu’elle est très difficile à appliquer à cause de l’omniprésence d’Internet, des sites de pornographie gratuits et de la rapidité d’envoi, de diffusion et de suppression des contenus sur les réseaux sociaux et les smartphones. 

Il est donc nécessaire de comprendre que la problématique est très souvent cachée des adultes, les contenus transitant souvent par messages ou groupes privés. 

En tant que directeur d’école ou enseignant, il est donc recommandé de faire trois choses, qui peuvent paraître logiques, mais tellement importantes : 

  1. Informer les jeunes de la nature de ces contenus, de leur degré de fausseté par rapport à la réalité et du caractère illégal de certains d’entre eux.
  2. Prendre les mesures nécessaires pour accueillir les plaintes des élèves sur ces sujets et avoir à l’esprit qu’il est de son devoir d’alerter la police en cas de contenus poursuivis d’office.  
  3. Sensibiliser les élèves au fait que l’échange de photos ou de vidéos pornographiques de soi entre deux personnes n'est autorisé que dès l’âge de 16 ans (majorité sexuelle) pour les deux protagonistes.  

Sur ce point, cela devient illégal si : 

  • Ces photos ou vidéos sont diffusées à autrui. 
  • La personne qui envoie des photos ou vidéos d’elle a moins de 16 ans, dans ce cas, elle crée et diffuse du matériel pédopornographique. Ce qui est poursuivi d’office.
  • La personne qui reçoit les photos ou les vidéos a moins de 16 ans, dans ce cas, l’émetteur met à disposition du matériel pornographique à un mineur. Ce qui est poursuivi d’office… 
  • Enfin, le fait de montrer des images pornographiques à une personne mineure est illégal.

Que faire ? 

L’échange de contenus à caractère pornographique entre élèves n’est évidemment pas la responsabilité seule de l’école. Mais, il est important que les enseignants et les directions se mobilisent pour permettre d’accompagner l’enfant et l’adolescent dans son développement identitaire. Et il est, du coup, naturel de s’entourer de ressources qui permettront d’aborder les thématiques et de cadrer l’action des élèves en cas de problème.  

Prévention / Information 

Les centres SIPE ont une mission d’éducation en santé sexuelle et peuvent, au besoin et sur demande, accompagner les écoles en cas de « comportements sexuels interrogeants ». Il est donc important d’envisager des missions de prévention en santé sexuelle, mais aussi d’avoir recours aux centres SIPE pour encadrer et assister les enseignants et les directions d’école. 

D’autres organismes proposent également des pistes pour aborder le sujet spécifique de la pornographie : 

  • La fondation InternetMatters.org propose une page avec de nombreuses ressources et documents.  
  • Le site canadien Habilomedias propose également des ressources pour aborder le sujet en classe. 
  • La plateforme ciao.ch répond aux questions et aux préoccupations des élèves. Des articles traitent spécifiquement de la pornographie et de la pédopornographie. 
  • Le SKPPSC propose des documents qui permettent d’expliquer la loi de manière vulgarisée, cela peut s’avérer bien utile pour expliquer aux parents et/ou aux élèves la gravité de certains faits, notamment la détention et l’échange de pornographie illégale. 

Intervention 

S’il y a effectivement des images dénudées d'élèves qui s’échangent, il est essentiel de prendre contact d’abord avec la LAVI pour expliquer la situation et permettre une mise en sécurité des élèves éventuellement en lien avec les images. Puis, c’est avec la police qu’il sera nécessaire de passer, car ce sont des situations d’actes poursuivis d’office, tels que la détention de documents représentant de la pornographie dure. Passer par une institution comme la LAVI permet également à l’enseignant de se décharger de cette responsabilité de dénonciation du cas aux autorités. 

Il est également essentiel de communiquer aux parents de la présence de ces échanges, afin qu’ils puissent avoir un regard sur le téléphone portable de leurs enfants. 

En tous les cas, il est du devoir de l’enseignant et de la Direction d’école de prendre les mesures nécessaires à la prise en charge du ou des élèves. Dans ce sens, une mise en relation avec l'Inspection scolaire s'avère essentielle.

  

Protection technique  

Dans les réseaux des écoles ou à la maison, il est possible d’installer des filtres de contenus qui permettent d’éviter d’accéder à des sites hébergeant des contenus à caractère pornographique. Cela n’empêchera pas la transmission de vidéos d’un smartphone à l’autre, mais n’autorise pas par contre d’aller en télécharger sur des sites. 

Un contrôle parental permet également de contrôler les contenus, les échanges et les horaires de connexion à Internet.  

En amont 

Si le sujet de la pornographie devait être abordé en classe par l’enseignant, les ressources ci-dessus prennent une importance capitale, mais en amont, on peut déjà désacraliser le phénomène de la pornographie – et donc le rendre beaucoup moins intéressant – en s'appuyant sur les constats suivants : 

  • La Pornographie sur Internet n’est pas un acte d’amour. Il s’agit de représentations faussées qui ont pour but l’excitation sexuelle (comme le dit le Code Pénal). Ce sont des comédiens qui créent une performance guidée par un réalisateur et une équipe de tournage comme au cinéma. Et cela est vrai aussi pour des vidéos qui peuvent paraître plus intimistes ou « amateures ». 
  • La Pornographie sur Internet n’est pas une marche à suivre. Les vidéos sont scénarisées et suivent un fil bien précis qui n’est pas celui de la réalité. Les pratiques, les positions et les actes représentés ne sont pas à reproduire naturellement et dans cet ordre. C’est une question de consentement et de désir. 
  • La Pornographie sur Internet ne montre pas la réalité physique. Les images sont tournées avec des effets spéciaux (lentilles de caméra spéciales par exemple) de façon à se focaliser sur des parties du corps qui, dans la réalité, n’ont pas forcément cette apparence. 
  • La Pornographie sur Internet n’indique pas « le rôle » que les protagonistes doivent prendre. Si la femme y est représentée comme soumise et acceptant tout, dans la réalité, c’est une question de consentement et d’accord mutuel. 
  • En bref, la Pornographie sur Internet est une industrie très lucrative qui construit des images irréelles et dont le but premier est de créer de l’excitation pour que les consommateurs en veuillent plus et donc en demandent plus. Elle véhicule en plus de nombreuses valeurs d’irrespect et en posséder, en échanger et en montrer peut être illégal. 

En conclusion, le sujet de la pornographie est un sujet important à aborder en classe, bien qu’il puisse provoquer la gêne chez les élèves. Des organismes comme les centre SIPE interviennent pour en parler. 

Le but d’aborder ce sujet est de dédramatiser, d’informer et d’inclure ce thème comme un thème “normal”. De nombreuses études montrent que la majorité des élèves - pour ne pas dire TOUS les élèves - se retrouveront un jour confrontés à des images à caractère pornographique, voire de pornographie dure.  En parler permet de définir ce qui est légal ou non et octroie aussi le droit à l’élève de refuser de voir ces images s’il ne le souhaite pas. Cela permet aussi de parler des risques en transférant ou en détenant ces images sur son téléphone portable. 

De nombreuses ressources existent sur ce sujet pour en parler et des associations ou organisations ne manquent pas pour aider l’élève, l’enseignant et/ou la Direction d’Ecole.


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